Signification des fleurs

Signification et symbolique de l’ipomée, la fleur d’un matin

Par la rédaction de Ma Petite Jardinerie · Mis à jour le

En bref

Attachement, liens, beauté qui ne dure qu’un matin : ce que l’ipomée symbolise dans le langage des fleurs du XIXe siècle et au Japon, couleur par couleur, avec les bons gestes pour la cultiver.

Fleurs d’ipomée

Une fleur d’ipomée s’ouvre à l’aube, déploie un entonnoir bleu, pourpre ou blanc, puis se referme dans la journée, souvent dès midi quand il fait chaud. Elle ne rouvrira pas. Le lendemain, d’autres boutons prennent le relais, et cela dure de juillet aux premières gelées. La signification et la symbolique de l’ipomée découlent presque entièrement de ce rythme et de sa manie de s’enrouler autour de tout ce qu’elle touche : l’attachement, le lien qu’on ne défait pas, et une beauté qui ne dure qu’un matin. Encore faut-il savoir de quelle plante on parle, car les noms se mélangent vite.

De quelle plante parle-t-on quand on dit ipomée ?

Le genre Ipomoea appartient à la famille des convolvulacées. Il compte environ 500 espèces, 600 à 700 selon certains botanistes, dont plus de la moitié sont originaires des Amériques. Au jardin, on croise surtout l’ipomée pourpre (Ipomoea purpurea) et Ipomoea tricolor, toutes deux vendues sous le nom de volubilis, l’ipomée du Japon (Ipomoea nil), l’ipomée blanche (Ipomoea alba), dont les grandes fleurs s’ouvrent le soir, et la mina lobée (Ipomoea lobata), surnommée plumes d’Indien pour ses épis de fleurs qui passent du rouge au jaune puis au crème. La patate douce est, elle aussi, une ipomée.

Le liseron des haies, que l’on présente souvent comme un synonyme, est un cousin de la même famille mais d’un autre genre (Calystegia sepium), tout comme le liseron des champs (Convolvulus arvensis), la mauvaise herbe que les jardiniers arrachent sans fin. La confusion est ancienne. En anglais, le nom de morning glory s’applique à des plantes de plusieurs de ces genres, et les dictionnaires du langage des fleurs passaient de l’ipomée au liseron sans toujours préciser l’espèce. Les significations circulent donc de l’une à l’autre, ce qui explique une partie des contradictions que vous trouverez en ligne.

Ce que l’ipomée symbolise dans le langage des fleurs du XIXe siècle

Le langage des fleurs tel qu’on le connaît naît en France avec le livre de Charlotte de Latour, Le Langage des fleurs (1819), puis gagne l’Angleterre victorienne, où des dizaines de petits dictionnaires se copient et se contredisent. Celui que Kate Greenaway illustre en 1884 est resté le plus diffusé. Pour la famille de l’ipomée, on y lit :

  • volubilis (morning glory) : affectation ;
  • liseron (convolvulus) : les liens ;
  • « grand convolvulus », ancien nom de l’ipomée pourpre : espoirs éteints ;
  • petit liseron bleu : le repos, la nuit ;
  • liseron rose : une valeur soutenue par une affection tendre et avisée ;
  • « jasmin des Indes », c’est-à-dire une ipomée : l’attachement.

Ces sens n’ont rien d’arbitraire. La tige qui s’enroule a donné les liens et l’attachement. La fleur fanée avant le soir a donné les espoirs éteints. Et une fleur qui se montre avec éclat pour quelques heures seulement a été lue comme une pose, une affectation. Retenez surtout qu’il n’existe aucune signification « officielle » : selon le dictionnaire que lisait votre destinataire, la même fleur pouvait dire « je tiens à vous » ou « mes espoirs sont morts ». Notre guide du langage des fleurs et de leur symbolique replace ces listes dans leur contexte.

Au Japon, l’asagao dit la beauté qui ne dure pas

Au Japon, l’ipomée se nomme asagao, « visage du matin ». Elle n’y est pas indigène. Selon la version la plus répandue, des envoyés japonais en Chine en rapportèrent les graines à la fin de l’époque de Nara, au VIIIe siècle, non pour la fleur mais comme remède : la graine en poudre servait de purgatif. C’est à l’époque d’Edo qu’elle devient une passion populaire. Deux vagues d’engouement, de 1804 à 1830 puis de 1848 à 1860, poussent les amateurs à sélectionner des formes mutantes aux pétales frangés, découpés ou retroussés, les henka asagao. On en comptait environ 1 200 lignées à la fin de la période. Le marché aux ipomées d’Iriya, à Tokyo, né au début de l’ère Meiji, se tient toujours chaque année début juillet.

La langue japonaise en a tiré une expression, asagao no hana hitotoki, « la fleur d’asagao ne dure qu’un moment », pour parler de ce qui passe vite. La poétesse Chiyo-ni (1703-1775) a laissé le haïku le plus connu sur cette fleur : un matin, une ipomée s’est enroulée autour du seau du puits, et plutôt que de l’arracher, elle va demander de l’eau chez les voisins. Ce petit poème résume bien la place de l’asagao au Japon : une beauté fragile et quotidienne, qu’on respecte au point de changer ses habitudes pour elle.

Quelle signification donner à l’ipomée selon sa couleur ?

Aucun dictionnaire ancien ne détaille toutes les couleurs de l’ipomée. Les seules indications datées concernent le liseron bleu, le rose et le liseron de nuit ; pour le reste, on applique la symbolique générale des couleurs, ce qu’il vaut mieux savoir avant d’écrire un mot sur une carte.

Couleur Ipomées concernées Sens le plus souvent prêté D’où vient ce sens
Bleu ciel Ipomoea tricolor ‘Heavenly Blue’ Le repos, la paix du soir Liseron bleu chez Greenaway (1884)
Rose Variétés d’I. purpurea et d’I. nil Une affection tendre et durable Liseron rose chez Greenaway
Pourpre, violet I. purpurea, nombreuses I. nil L’attachement, le lien Sens général donné au liseron et à l’ipomée
Blanc I. alba, qui fleurit la nuit La nuit « Liseron de nuit » chez Greenaway
Rouge I. lobata, I. coccinea L’ardeur Symbolique générale du rouge, sans tradition propre

Le bleu mérite une remarque. Les fleurs d’un bleu franc sont rares, et beaucoup de « fleurs bleues » vendues sur internet sont des photos retouchées, comme l’hémérocalle bleue, qui n’existe pas. L’ipomée ‘Heavenly Blue’ fait partie des rares plantes de jardin à offrir un vrai bleu ciel, qui vire souvent au rose violacé quand la fleur fane.

À quelles occasions offrir une ipomée, et quand s’abstenir ?

L’ipomée ne se prête pas au bouquet : coupée, la fleur ne tient pas la journée. On l’offre en sachet de graines ou en jeune plant au printemps, et c’est là qu’elle prend tout son sens. Une plante qui va grimper le long d’une clôture et fleurir chaque matin tout l’été dit l’attachement et la présence quotidienne mieux qu’un long discours. C’est un joli cadeau de crémaillère pour quelqu’un qui emménage avec un balcon ou une palissade nue, ou une façon de prolonger une amitié née pendant l’été.

Pour une déclaration amoureuse, pensez à votre destinataire : un amateur de langage des fleurs victorien pourrait y lire « affectation » ou « espoirs éteints ». Si vous cherchez une fleur bleue qui tienne en vase, une campanule sera plus indiquée. Évitez enfin d’offrir des graines dans un foyer avec de jeunes enfants ou un chien qui mâchonne tout, pour la raison expliquée plus bas.

Cultiver l’ipomée sur un balcon ou une clôture

Sous nos climats, l’ipomée pourpre et le volubilis bleu se cultivent comme des annuelles, car le gel les tue. Semez-les en avril à l’intérieur, au chaud, ou directement en place en mai, une fois les gelées passées. Leur graine a une enveloppe dure : une nuit de trempage dans de l’eau tiède accélère nettement la levée. Installez-les en plein soleil, dans une terre légère et pas trop riche, car un sol gorgé d’engrais azoté donne beaucoup de feuilles et peu de fleurs. Prévoyez le support dès la plantation, grillage, treillage ou simples ficelles tendues : les tiges s’enroulent seules et couvrent plusieurs mètres en une saison.

Arrosez régulièrement en été, surtout en pot, sans détremper la terre. Si vous voulez une grimpante vivace qui reste en place d’une année sur l’autre, la clématite s’associe bien aux ipomées sur un même treillage : beaucoup de clématites fleurissent au printemps ou en début d’été, et l’ipomée prend le relais jusqu’à l’automne. L’ipomée se ressème volontiers d’elle-même, il suffit d’arracher les jeunes pousses en trop au printemps.

Des graines à garder hors de portée. Les graines de plusieurs ipomées ornementales, dont le volubilis bleu, contiennent des alcaloïdes dérivés de l’acide lysergique, l’ergine en tête, produits par un champignon qui vit associé à la plante. Les Aztèques s’en servaient dans des rites divinatoires. Avalées, elles provoquent des vomissements et, en quantité, des hallucinations. Le centre antipoison animal de l’ASPCA, aux États-Unis, classe les ipomées parmi les plantes toxiques pour le chien, le chat et le cheval. Si un enfant en a mangé, appelez sans attendre un centre antipoison, ou le 15 en cas de malaise ; pour un animal, votre vétérinaire.

Un dernier conseil si vous voulez récolter vos propres graines : laissez sécher sur la tige quelques capsules en octobre, cueillez-les quand elles sont brunes et cassantes, puis gardez les graines au sec dans une enveloppe fermée sur laquelle vous écrivez le nom de la variété et le mot « toxique ». Rangez-la avec les produits de jardin, pas à côté des graines de capucines que les enfants sèment avec vous.

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